Le vent et la température

Quand on est exposé au vent, notamment l’hiver, on a la sensation que la température est plus basse que s’il n’y en avait pas.

 

Mais fait-il réellement plus froid quand il y a du vent ?

 

Et bien non ! L’idée qu’un thermomètre "en plein vent" indiquerait une température plus froide qu’un autre situé à "l’abri du vent", est totalement fausse. On parle de température ressentie afin d’illustrer les conditions perçues par un être humain sur une peau nue, sous l’effet combiné de la température et de la vitesse du vent.

Cette confusion s’explique principalement parce que les médias utilisent l’expression de « température sous abri », ce qui ne signifie pas que la température sera différente dans un même espace exposé au vent. L’abri, fait en effet référence à l’abri blanc normalisé utilisé en météorologie pour mesurer la température (exemple ci-dessous : la sonde est placée à l'intérieur de l'abri).

Cet abri est en réalité ouvert par des persiennes afin de bénéficier justement d’une bonne aération. Sa fonction principale est de protéger le capteur du rayonnement solaire afin d’avoir une juste température de l’air. On peut parler aussi de température à l’ombre.

 

Donc la température sous abri ne veut pas dire la température à l’abri du vent !

La température ressentie se calcule en prenant en compte la température mesurée sous abri et la vitesse du vent, peu importe sa direction (un vent de nord-ouest peut être responsable d'un redoux par exemple, même si le ressenti est froid). Il existe un tableau très simple d’utilisation pour la déterminer en faisant correspondre les deux données.

 

Par exemple avec un vent à 100 km/h, s’il fait +5°C, le ressenti sera de -3. S’il fait -15°C, ce ressenti passe à -32.

Au-delà de l’inconfort lié au vent, il existe un réel danger pour les parties du corps non protégées (comme le visage ou les mains). En-dessous de -20 environ en température ressentie, la peau peut geler en 30 minutes. En-dessous de -40, ce temps passe à moins de 10 min. A -50 de ressenti, il ne faut pas plus de 5 minutes pour que la peau gèle.

L’hiver dans nos massifs, la température ressentie peut descendre à -15/-25°C et de manière plus exceptionnelle jusqu’à environ -40. Les épisodes de vent tempétueux étant fréquents : un vent faible dans les vallées peut cacher des rafales à plus de 100 km/h sur les crêtes.

Le vent, quel que soit sa direction, est donc un facteur refroidissant pour le corps. Il peut aussi être le vecteur d’une baisse de la température mais aussi d’un réchauffement, ce qui est moins connu et pourtant fréquent !

1. Le vent peut refroidir la température sous abri

 

La température ressentie et la température réelle peuvent baisser conjointement notamment lors du passage d’un front froid qui laisse derrière lui une masse d’air plus froide. Cette baisse est souvent brusque (vent fort à tempétueux en montagne) avec un isotherme 0°C qui dégringole alors que l’arrivée de l’air froid en plaine est plus progressive et moins tranchée.

Exemple d'une invasion d'air froid en altitude (animation de la température vers 1500 m) - source www.meteociel.fr

2. Le vent peut réchauffer la température sous abri

 

Mais fréquemment, le vent réchauffe un espace, même si le ressenti est plus froid ou plus frais ! Le vent peut être l’auteur d’un puissant redoux en montagne. L’hiver, par exemple, à l’avant d’une perturbation dynamique, le flux de sud-ouest peut souffler en tempête sur les crêtes, avec une masse d’air douce, proche de +5/+10°C. On pourra avoir alors une température ressentie proche de 0 alors que pourtant la température réelle est largement positive et que le manteau neigeux souffrira nettement de cet air doux et brassé. Le corps humain aura froid mais pas la neige…

De plus, les inversions de température, phénomène qui peut impliquer des températures largement positives sur les crêtes et de fortes gelées en contrebas, illustrent parfaitement cette fausse idée que le vent va refroidir un thermomètre. En effet, c’est justement le vent transportant une masse d’air douce qui maintient l’absence de gelées en montagne dans cette situation. Plus bas, dans les vallées, plaines et plateaux abrités, l’absence de vent permet au froid de s’accumuler et la température est très fluctuante d’un espace à l’autre, en fonction de l’exposition au vent qui réchauffe ! En terme de ressenti, il sera plus froid sur les crêtes si le vent souffle fortement. Les inversions de températures sont expliquées sur cette page.

3. L’absence de vent permet les plus froides températures observables

L’absence de vent lors d’une nuit claire avec un sol enneigé est un facteur très important pour observer les plus basses températures observables. Ainsi alors qu’on peut observer des températures proches de -20°C lors d’une nuit d’hiver dans les vallées abritées, on peut très bien avoir -5°C sur les crêtes avec une sensation qu’il y fait beaucoup plus froid à cause du vent.

Températures à 6h du matin le 19/01/17 - source : www.infoclimat.fr

Conclusion : le froid ou la chaleur sont donc des notions subjectives pour un être humain. La mesure de la température de l’air sous abri normalisé permet d’avoir une vision objective. A noter qu’une forte humidité, la pluie ou la neige fondue sont aussi des facteurs aggravants d’une perception de froid ressenti. Il existe aussi un indice de chaleur ressentie : l’humidex, qui lui prend en compte la température et le taux d’humidité. Dans une prochaine vidéo, nous évoquerons l’effet de foehn, autre phénomène lié à la montagne. Le vent de foehn est notamment responsable de puissants et rapides réchauffements de l’air, même en pleine nuit. Il s’agit probablement du meilleur exemple illustrant le pouvoir réchauffant du vent…

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