Prévisions automatisées et expertisées : quelles différences et risques ?

IMPORTANT - A LIRE AVANT DE CONTINUER :

 

Le but ici n’est pas de faire une propagande ayant pour slogan « Météovergne ? Toujours fiable ! » mais bien de comprendre comment s’y retrouver dans la masse de prévisions météorologiques qui est à la portée de tous, de comprendre la différence entre prévisions expertisées et prévisions automatisées et d’être très vigilant sur les problèmes que posent ces dernières.

Les prévisions Météovergne sont dites « expertisées », à la différence des prévisions dites «automatisées» qui constituent une grande majorité des prévisions météo disponibles sur Internet. Ne vous leurrez pas : toutes les applications, sites, et autres widgets qui proposent des prévisions gratuites ou non pour des milliers de lieux, ne sont pas le fruit du travail de dizaines de prévisionnistes ! Donc dire que « leurs prévisions sont mauvaises (ou non !) » n’a pas de sens car il n’y a personne derrière tout cela…

Il faut avant tout comprendre comment sont réalisées les prévisions météo aujourd’hui, pour cerner l’ampleur de la problématique. Les prévisionnistes utilisent des modèles météorologiques pour réaliser une prévision. Pour simplifier, ce sont des données (le plus souvent des cartes) issues de supercalculateurs. Ces derniers, après avoir intégré d’innombrables données d’observations, vont permettre de faire simuler l’atmosphère dans le futur sous forme de paramètres plus ou moins complexes.

Un exemple de carte du modèle AROME (vent et anomalies de tropopause) - source : meteociel.fr

En plaçant un point géographique précis sur une de ces cartes, on peut ainsi avoir une prévision météo dite "brute" (nuages, précipitations, températures, vent,…) et donc automatisée. Cette prévision n’est ainsi absolument pas expertisée par un prévisionniste et entraîne fréquemment des incohérences qui ne sont pas toujours le fait d’une mauvaise fiabilité mais d’un manque total d’interprétation. Ce problème est exacerbé en montagne et donc sur nos massifs car le relief implique des conditions très différentes en fonction de l’altitude et de l’exposition des versants.

La compétence d’un prévisionniste ne peut pas, aujourd’hui en tout cas, être remplacée par la performance d’un ordinateur.

Pourquoi faut-il être très vigilant face à ces prévisions, qui peuvent toutefois s’avérer fiables dans certains cas ?

  • Elles participent à dégrader l’image de la prévision météorologique en donnant de fausses prévisions qui auraient pu être justes, si elles avaient été “corrigées”.

  • En se limitant fréquemment à un simple pictogramme sur la journée, sans description détaillée, elles négligent des conditions spécifiques qui peuvent s’avérer dangereuses comme par exemple : un vent violent sur les crêtes, une visibilité réduite, une ou plusieurs fluctuations de la limite pluie/neige en quelques heures, des orages locaux,…

Elles participent aussi à des incompréhensions en effaçant les spécificités de nos massifs : un pictogramme de pluie à la Bourboule peut très bien cacher des abondantes chutes de neige en bas des pistes ! De même, une température prévue de -5°C dans la ville peut très bien cacher une inversion nocturne avec +10°C sur les crêtes. Comment le voir sur ce genre de prévision ?

Illustrons ce qu’il s’est passé le 21/11/16.

 

Sur cet écran ci-dessous, photographié dans un supermarché à la Bourboule, une « Météo Locale » propose pour le jour même un temps ensoleillé et une température douce. La prévision de la température est conforme. D’un simple regard, on peut s’attendre à une très belle journée printanière (nous sommes ici en novembre).

Un écran diffusant une "Météo Locale" à la Bourboule.

Et pourtant, le vent a soufflé toute la journée à 100/120 km/h près des crêtes avec des rafales mesurées d’au moins 150 km/h à même les crêtes. Il n’y avait pas d’indication sur le vent sur ces prévisions automatisées. Et même s’il y en avait eu, les rafales n’auraient probablement pas été celles attendues sur les crêtes : on a observé une rafale maximale de seulement... 37 km/h dans le centre-ville de la Bourboule. De plus, le soleil n’avait pas lieu d’être, puisque dans ce flux de sud, de nombreux nuages se sont accrochés aux crêtes du Sancy avec une visibilité très réduite. De fortes pluies attendues en fin d’après-midi se sont bien produites donnant 28 mm de pluie en quelques heures.

La météo, d’autant plus en montagne ne peut-être aussi facilement synthétisée. L'absence de données doit alerter : Lieu ? Altitude ? Horaires ? Inversions ? Vent ? Voici ci-dessous ce qui était anticipé par Météovergne dans le dernier bulletin pour cette journée.

Il est bon de rappeler qu’il s’agit d’une prévision qui utilise en partie les même modèles météo que ces prévisions automatisées. Et pourtant, les différences sont énormes !

Extrait du bulletin Météovergne pour le 21/11/2016

Tous ces éléments étaient pourtant prévisibles, dès lors que la prévision est expertisée.

La carte ci-dessous illustre une prévision de la nébulosité (couverture nuageuse) pour 12h. On remarque bien une zone noire (absence de nuages) sur le nord du massif du Sancy. S’en tenir à cette prévision, c’est effectivement affirmer qu’il fera beau.

La nébulosité prévue à 12h par le modèle AROME - meteociel.fr

Le travail du prévisionniste intervient en affirmant notamment que ceci est le résultat d’un effet de foehn, ce qui implique de l’air plus sec au niveau des versants sous le vent. Donc à la Bourboule, les nuages étaient effectivement moins nombreux mais on ne pouvait pas parler d’un grand soleil, pendant que des conditions très difficiles se déchaînaient sur les crêtes.

 

Illustration en photo ci-dessous du temps dans la matinée, près de la Banne d’Ordanche. La Bourboule se situant juste en dessous.

Les nuages s’accrochent sur le massif du Sancy en matinée alors que les rafales de vent dépassant largement les 100 km/h sur les crêtes.

Mais il y a encore plus aberrant : en posant le regard sur la prévision offerte pour le 22/11 (« Demain » sur l’écran), on observe un -4°C à la Bourboule en température minimale avec des pluies faibles. Donc pluies verglaçantes ? Une limite pluie/neige ? Une température minimale le matin ou l’après-midi ? (cette question a toute sa place en montagne !). Pour le coup, nous ne savons même pas d’où cette prévision automatisée a pu sortir une température minimale si basse puisque le contexte comportait une masse d’air douce, proche de +5°C vers 1500 m, avec un risque nul d’observer des inversions nocturnes (qui auraient pu effectivement faire baisser la température à -4°C à la Bourboule contre des températures positives sur les crêtes). Dans les faits, on a observé une température minimale de +6°C le 22/11/16, soit un écart de 10°C !

EN CONCLUSION :

Si vous ne l’êtes pas encore, soyez conscients de la brutalité des changements de temps et des phénomènes en montagne. La météo prévue ne peut être simplifiée, et encore moins issue de calculs d’ordinateur non corrigés. Il y a pire : ne vous fiez surtout pas non plus aux prévisions heures par heure : oui elles peuvent donner de très bonnes indications sur le temps global. Mais, par exemple, dans le cas d’une situation propice à la formation d’averses/d’orages, du soleil prévu à 15h, un orage à 16h, puis à nouveau du soleil à 17h ne doit surtout pas être pris au pied de la lettre…

Un dernier exemple : nous avons déjà observé des prévisions automatisées accessibles sur smartphone qui proposaient pour les jours suivants, des chutes de neige abondantes avec une température de l’ordre de +10°C. Belle illustration d’un décalage total entre la question essentielle de limite pluie/neige et les températures prévues… Enfin, les prévisions télévisées sont généralement expertisées, mais pour le coup, trop vagues pour nos massifs, avec une limite pluie/neige souvent absente et un public qui va souvent, bien à tort, se fier aux températures prévues à Aurillac ou à Clermont-Ferrand...

La météorologie fait pleinement partie aujourd’hui des “médias de masse” avec son lot d’abrutissement. Quand on voit des présentatrices météo sur certaines chaînes qui ne savent même pas de quoi elles sont en train de parler ou encore des journalistes qui parlent de “mini-tornades” afin d’accrocher l’audimat, alors que ce phénomène est une pure invention, on comprend mieux pourquoi le chemin est encore très long pour “éduquer” le grand public à cette science passionnante...

Comprendre avant tout les phénomènes,

c’est être capable de mieux faire correspondre ses besoins de prévisions et la prévision !

Le but de Météovergne est de fournir des prévisions expertisées et gratuites à tous les passionnés d’activités extérieures en considérant l’ensemble des spécificités de nos massifs. Elles ne sont pas infaillibles et tout écart de prévision est ouvertement expliqué de façon pédagogique. Nous nous efforçons donc de vous offrir des prévisions en tenant compte des dernières évolutions de la situation et en privilégiant la transparence. Pour en savoir plus sur le concept de Météovergne

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