Précipitations : le point et les perspectives.


Photo d'illustration : développements convectifs au-dessus de la chaine des Puys en aout 2019 - Météovergne.

CONSTATS


"De la pluie ? On en a eu assez : il vont quand même pas nous dire qu'on manque d'eau !". C'est une remarque récurrente que l'on peut entendre en ce moment. Pourtant cette affirmation néglige totalement des différences entre les espaces, liées à des climats contrastés sur de courtes distances, et ne fait pas la différence entre sécheresses météorologique, hydrologique, celle des sols superficiels et est bien souvent le résultat d'une interprétation humaine, d'un ressenti et non issue de mesures de pluviomètres normalisés.


Ici, nous nous intéresserons au secteur massif du Sancy/chaine des Puys/Limagne. Et il convient de bien comprendre les énormes disparités que l'on peut avoir à l'échelle même du département du puy de Dôme. Ainsi, alors que 2019 a été marqué par une longue sécheresse dans l'ouest 63, Ambert, entre le Livradois et le Forez a bénéficié d'un excédent de 7% de précipitations annuelles avec près de 350 mm cumulés dans l'été (merci aux orages !) contre 2 à 3 fois moins à Super-Besse. Voilà un exemple concret, hors massifs, mais qui permet de se rendre compte des réalités sur le terrain.


Prairie et gentianes en stress hydrique sur l'est-Sancy en juillet 2019 - photo : Météovergne.


Commençons par la plaine de la Limagne avec les données de la station Météo-France de l’aéroport d'Aulnat. En remontant jusqu'à août 2018, on constate une domination des mois avec des précipitations déficitaires par rapport à la normale 1981/2010. L'été dernier, un petit sursaut en juillet a été observé. Un mois pluvieux ? Non, on a ici une marque typique d'une météo estivale d'un climat à tendance continentale : les précipitations se manifestent sous formes d'averses et d'orages. Ainsi, il y a eu plus de 20 jours sans aucune pluie au cours du mois et 90% du cumul mensuel est tombé en trois jours. C'est aussi là qu'il faut inclure une notion fondamentale, qui répond à la remarque évoquée au tout début de l'article : 50 mm qui tombent au mois de juillet ou au moins de janvier auront une incidence très différente : l'été, l’évapotranspiration (transpiration des plantes et évaporation) est au plus haut : les sols sèchent vite et la végétation consomme beaucoup d'eau. Et contrairement aux idées reçues, c'est entre mai et septembre qu'il pleut le plus à Clermont-Ferrand/Aulnat (averses/orages) et heureusement ! Et le mois le plus sec n'est pas en plein été mais en... février en raison de l'effet de foehn sur les précipitations océaniques. Marre de la pluie en hiver à Clermont-Ferrand, vraiment... ?

Graphique : Météovergne. Données Météo-France.


La situation s'est améliorée au niveau des précipitations entre octobre et décembre 2019 avec des valeurs excédentaires. De quoi soulager les sols, mais pas la végétation qui n'est alors plus active. Et puis, janvier 2020 est arrivé avec chute brutale des précipitations : il ne tombera alors que 4 mm au cours du mois, dont 3,4 mm en une journée. -85% : la valeur est impressionnante en relatif mais en absolu, cela ne correspond finalement qu'à environ 20 mm de moins que la normale. Des déficits sont également observés en février et mars (mois les plus secs de l'année), puis aucune pluie depuis le 30 mars (à la date du 13 avril). Les 15 premiers jours d'avril risquent d'être totalement secs (on y reviendra dans les prévisions).


Passons maintenant au massif du Sancy et notamment du côté de Super-Besse, particulièrement touché en 2019 : début septembre, on observait un manque annuel de près de 800 mm soit un déficit de 60% (article publié en septembre).

Graphique : Météovergne. Données Météo-France.

A l'automne, du soulagement comme en Limagne, notamment en novembre où il est tombé près de 320 mm (équivalent à 7 mois de pluie en Limagne). A noter qu'au Mont-Dore (Les Longes, 1220 m), station Météo-France située dans le secteur le plus arrosé du massif, il est tombé plus de 1000 mm entre octobre et décembre (pluie et neige), soit la moitié du cumul annuel, pendant qu'on relevait presque 200 mm à Aulnat sur ces trois mois. L'abondance des précipitations au coeur du Sancy et leur forte réduction en Limagne, est ici la marque de l'effet de foehn et traduit d'intenses différences entre les versants, qui font partie du fonctionnement normal de la dynamique relief/météo locale.

Constat assez proche que pour celui de la plaine : l'année 2020 démarre avec un déficit marqué de précipitations. Les journées s'allongent, la température augmente, la vigueur de l'ensoleillement aussi. Autrement dit il ne pleut pas assez ou pas du tout et les besoins de la végétation sont de plus en plus importants. Ainsi, manquer de pluie au printemps n'a pas la même incidence qu'à l'automne, notamment d'un point de vue du type de sécheresse.

Mauvais départ donc pour 2020, surtout dans un contexte de sécheresse structurelle.

Revenons quelques instants à l'année 2019. Comme on pouvait le voir précédemment, l'année a finalement été marquée par de forts contrastes : une longue sécheresse et des excédents de précipitations en fin d'année. En généralisant, en termes de cumuls annuels, on observe des valeurs déficitaires, avec notamment Super-Besse qui se dégage nettement du lot sélectionné ci-dessous, y compris avec l'ajout de la station de la Fontaine du berger (971 m) dans la chaine des Puys. Avec l'abondance des pluies à la fin de l’année, le Mont-Dore s'en sort plutôt bien. La forte différence avec Super-Besse s’explique à la fois par de la "chance" (averses/orages) et par l'orographie qui implique une forte accentuation des précipitations au-dessus du coeur du massif. L'effet de foehn réduit considérablement et rapidement les précipitations vers l'est. Un dernier chiffre pour 2019, en marge du secteur : -20% à Vichy, proche de ce qui a été observé à Aulnat.

Graphique : Météovergne. Données Météo-France.


Ci-dessous voici les cumuls mensuels de précipitations en valeurs absolues (mm) mesurés sur trois stations choisies des territoires étudiés (Sancy/Chaine des Puys, Limagne). Cela met en perspective que les déficits annoncés en pourcentages ne font pas référence à des volumes comparables entre les stations (on rappellera une nouvelle fois qu'il tombe statistiquement 3-4 fois plus de précipitations au coeur du Sancy, environ 2100 mm/an qu'à Clermont-Ferrand, environ 600 mm/an).

Graphiques : Météovergne. Données Météo-France.


En conclusion pour cette partie, on peut affirmer que, s'il est vrai que l'eau manque ces derniers mois, il convient d'apporter des nuances à partir du moment où l'on raisonne spatialement. Ces constats font émerger une question récurrente : observe-t-on ici la marque du réchauffement climatique en cours et de ses conséquences modélisées ? Il faudra patienter encore plusieurs années pour avoir une vision statistique climatologique. Toutefois, la récurrence d’anomalies positives de températures, l'inégale répartition des précipitations (mais le maintien du cumul annuel ?), soulèvent de nombreuses questions et d'inquiétudes car les observations actuelles tendraient à confirmer les prévisions pour les prochaines décennies.


En attendant, gardez vraiment à l'esprit que pour éviter des débats stériles concernant les précipitations, seules les observations de stations normalisées peuvent apporter un regard objectif sur les réalités en cours et qu'analyser une situation hydrologique demande une mise en perspective dans le temps et selon les espaces.


PERSPECTIVES


Le manque de précipitations devient donc de plus en plus préoccupant alors que nous allons prochainement entrer dans une phase en besoins "explosifs" des végétaux. Ci-dessous un bulletin tendances expertisé.


  • Conditions sèches, fraicheur puis redoux. Masse d'air plus instable.


Après une journée de mardi marquée par un rafraichissement sensible (températures rejoignant en fait à peine les valeurs de saison), un temps ensoleillé, un vent de N.E modéré à fort, on observera mercredi un temps à nouveau très ensoleillé, des températures repartant à la hausse sous l'effet du vent basculant au sud.


Jeudi, la masse d'air pourrait être suffisamment instable pour provoquer des averses, localement orageuses. Toutefois, prévoir ces phénomènes à cette échéance n'est pas très rigoureux. Ces hypothétiques aléas n'apporteront pas dans tous les cas une réponse efficace et généralisée au manque d'eau. Un potentiel de 5 mm très localement peut-être retenu à ce jour.


  • Des espoirs de pluie significatives encore incertains.


Vendredi et samedi, la masse d'air devrait à nouveau présenter des caractéristiques instables dans un contexte très doux, probablement chaud en plaine (+25°C et plus ?). On pourrait à nouveau observer de possibles averses orageuses localisées. Pas de dégradation généralisée donc (surtout vendredi) ni de pluies efficaces pour tout le monde.


A partir de dimanche environ (peut-être dès samedi ?), il est probable qu'une dégradation pluvio-orageuse généralisée se mette en place, suivie de potentielles nouvelles séquences perturbées les jours suivants. Toutefois, il faut interpréter ces prévisions avec la plus grande prudence en raison de plusieurs facteurs :


1) Nous sommes au printemps et la dynamique actuelle est assez classique : de l'air froid est expulsé des hautes latitudes et se retrouve isolé sous forme de gouttes froides au comportement très aléatoire. La moindre évolution concernant leur trajectoire peut considérablement modifier le temps sensible : on peut très bien passer d'une prévision de plusieurs journées bien pluvieuses, fraiches à froides (neige en montagne), à un temps chaud et sec.


Situation prévue par le modèle ECMWF - www.meteociel.fr


2) En raison de la pandémie mondiale actuelle, le volume d'observations intégré dans les modèles a brutalement chuté ces dernières semaines, notamment les données provenant des avions (le trafic aérien s'est effondré) ainsi que les observations manuelles dans certains pays de la planète. Les conséquences sur la fiabilité des modélisations sont encore difficiles à mesurer mais au regard du contexte évoqué ci-dessus, cela ne peut que détériorer la prévisibilité. L'Organisation Météorologique Mondiale a publié un article intéressant à ce sujet disponible ici.


Vous êtes certainement nombreux à espérer de la pluie quand des prévisions non expertisées (dont celles mises à disposition par des organismes très bien connus !) indiquent de la pluie dans 4-5-7 ou 10 jours. Sans connaissance du contexte et des incertitudes, les déceptions risquent d'être répétitives, ce qui a été le cas ces derniers jours et ce qui était prévisible. Les éventuelles pluies prévues ne correspondront pas à un flux d'ouest perturbé classique comme à l'automne ou à l'hiver (où on peut assez bien quantifier les précipitations) : cela est quasiment acquis. C'est bien l'influence de gouttes froides et talwegs qui pilotera le temps prévu, potentiellement sous forme d'averses/d'orages ou d'axes pluvieux aux trajectoires aléatoires. Ainsi, prévoir les cumuls pour les 10 jours prochains jours n'a que peu de sens au-delà de 2-3 jours. A titre d'exemple, les modélisations du 13 avril proposent des cumuls de pluie allant grossièrement de 5 à... 100 mm d'ici le 23 avril : la marge d'erreur est beaucoup trop large pour affirmer que la sécheresse prendra fin (temporairement ?) ou non.


L'ensemble de évolutions à venir est à suivre sur l'application Météovergne (1260 abonnés à ce jour).

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