Enneigement : des scénarios très pessimistes.

 Vue sur le coeur du Sancy depuis la borne des quatre seigneurs le 1er janvier 2020 - photo Météovergne.

 

     Au 1er janvier 2020, l'enneigement est réduit dans le massif du Sancy avec une qualité de neige "de printemps" (regel nocturne par rayonnement, humidification accentuée en journée sur les versants sud). Les versants significativement enneigés se limitent à des altitudes supérieures à 1500/1600 m et uniquement au coeur du massif du Sancy. Au-dessus de ces altitudes, les accumulations de neige, liées aux précédentes tempêtes, atteignent encore par endroits plusieurs dizaines de centimètres voire dépassent le mètre. On notera qu'un faible enneigement est encore présent à partir de 1300 m, versants Mont-Dore. Malgré des températures positives jour et nuit en altitude ces derniers jours, la réduction du manteau neigeux est limitée grâce au rayonnement nocturne cité ci-dessus et à un air très sec (sublimation). C'est pourquoi on rappellera qu'il est préférable, pour la survie de la neige, de connaitre des journées ensoleillées à +5/+10°C sur les sommets dans un air très sec, plutôt qu'une température de +2°C avec du vent et une forte humidité.

 

Températures mesurées sur 7 jours par la station Météovergne située à 1765 m d'altitude.

 

     Actuellement, le massif subit une pression fortement anticyclonique. Le transit d'une petite goutte froide d'altitude explique le refroidissement observé ce jour en altitude et la divagation de nuages bas. Goutte froide qui pénètre dans un champ de pression trop élevé pour pouvoir provoquer des précipitations. Des jeudi après-midi, de l'air doux envahira à nouveau les massifs et l'isotherme 0°C remontera à 3000 m d'ici la nuit suivante.

 

     Vendredi et samedi, deux fronts froids moribonds circuleront, également contraints par la forte pression de l'air. Éventuelles anecdotiques pluies ou flocons selon l'altitude. La dégradation sera ainsi principalement nuageuse et on obervera une baisse marquée des températures avec une isotherme 0°C s'abaissant à environ 1500 m voire plus bas (on pourrait relever près de -5°C à 1800 m) : la prévision est encore incertaine pour ce paramètre car l'air froid devrait glisser sous de l'air doux à haute altitude (air doux ayant pour origine la compression anticyclonique). On pourrait donc observer une inversion de température, se confirmant samedi par la possible mise en place d'une mer de nuages visible depuis le coeur du Sancy, en cours d'après-midi. La mer de nuages se réduirait dimanche, avec un élargissement des secteurs ensoleillés. Vent de N.E parfois fort au cours du week-end sur certains sommets et versants.

 

     Pendant cette pseudo-dégradation, les hautes pressions vont se régénérer sur le proche Atlantique avec l'élévation d'une dorsale anticyclonique subtropicale : dès dimanche, un anticyclone frôlant 1040 hPa sera centré sur la France. En début de semaine prochaine, une seconde impulsion anticyclonique subtropicale va s’élever en direction de l'Europe de l'ouest. Ainsi, à partir de mardi, le flux de tendance ouest devrait être plus humide mais la pression anticyclonique empêcherait toute dégradation significative. Cet apport d’humidité, dans un contexte de températures douces à parfois fraiches (froid exclu), serait néfaste pour le manteau neigeux restant.

 

     La fiabilité est bonne pour affirmer qu'aucun potentiel neigeux notable n'est possible avant le 8 janvier AU MOINS. Au delà, aucun scénario fiable ne va non plus en faveur de l’enneigement. Il est possible que vers jeudi 9, un front froid parvienne à pénétrer sur le pays mais en raison de l’échéance, ce scénario n'a que peu de valeur pour le moment. Il est plus vraisemblable que l'anticyclone reste imperturbable sur le pays.

 

     Les scénarios de pression atmosphérique réduite au niveau de la mer GFS et ECMWF ci-dessous confirment que la pression devrait rester durablement anticyclonique (> 1015 hPa) malgré une exacerbation des incertitudes au-delà du 8/10 janvier. Une remarque toutefois : une pression anticyclonique n'est pas du tout la garantie d'un temps calme et sec : on peut très bien connaitre un vent violent ou des précipitations abondantes avec 1020 hPa.

 

 

Scénarios GFS de la pression réduite au niveau de la mer - www.meteociel.fr

 

 

Scénarios ECMWF de la pression réduite au niveau de la mer - www.meteociel.fr

 

 

     Intéressons-nous à présent aux modélisations à long-terme et notamment aux scénarios mensuels, qui eux aussi interpellent.

 

 Prévisions pour janvier 2020 de l'anomalie moyenne de géopotentiel à 500 hPa (à gauche) et de la pression réduite au niveau de la mer (à droite) - modèle CFS - www.tropicaltidbits.com

 

      Les scénarios proposés par cette modélisation pour janvier 2020 étaient de nature récurrente au cours des derniers jours de décembre : une forte anomalie anticyclonique entrainée par l’élévation de hauts géopotentiels subtropicaux persisterait sur une bonne partie de l'Europe. Les autres paramètres ci-dessous traduisent les conséquences attendues : masse d'air généralement douce à 1500 m, déficit de précipitations.

 

  Prévisions pour janvier 2020 de l'anomalie moyenne de température à 850 hPa - vers 1500 m - (à gauche) et de l'anomalie du cumul de précipitations (à droite) - modèle CFS - www.tropicaltidbits.com

 

 

     Les dernières projections hebdomadaires du modèle européen ECMWF vont également dans le sens d’anomalies positives de températures (ici à 2 m du sol) et d'un déficit de précipitations :

 

 

 

 Scénarios hebdomadaires des anomalies de températures à 2 m du sol et des anomalies de cumul de précipitations - https://effis.jrc.ec.europa.eu

 

     On peut légitimement douter de la fiabilité de ces projections sur plusieurs semaines. Mais au delà du fait que la fiabilité n'est jamais excellente, il faut bien comprendre qu'on ne cherche pas ici à prévoir des paramètres précis : l'incapacité de prévoir des éclaircies à l'échelle d'un demi-département, même quelques heures à l'avance, n'est ainsi absolument pas comparable car on ne raisonne pas du tout aux mêmes échelles spatio-temporelles.

 

     Pour illustrer le fait que ces projections méritent d'étre interprétées : voici ce qui était prévu au 2 décembre 2019 pour la semaine du 16 au 22 décembre : l'anomalie de précipitations sur les Cévennes était le marqueur d'un flux de tendance sud. En conséquence : températures prévues au-dessus des normales. Vous n'avez sans doute pas oublié les épisodes de vent violent de tendance sud lors de cette semaine. Le scénario (dans le sens de configuration météorologique globale) s'est donc confirmé, et ce 2 à 3 semaines à l'avance... !

 

Source : https://effis.jrc.ec.europa.eu

 

 

Quels espoirs possibles malgré ces projections pessimistes ?

 

- des modélisations qui seraient "à côté de la plaque" avec un retournement de situation au cours du mois de janvier.

- si ce contexte anticyclone persiste "en moyenne", on ne peut exclure la circulation d'une ou de quelques perturbations neigeuses, suffisantes pour provoquer un enneigement notable.

- l'hiver n'étant pas terminé, on ne peut exclure des scénarios plus hivernaux à partir de fin janvier ou février.

 

     Ces derniers éléments restent des formules d'optimisme. Pour l'instant, on ne peut s'en tenir qu'aux projections fiables à court-terme et aux signaux à long-terme, récurrents et interpellants. En cas de confirmation de ces signaux vers la mi-janvier, Météovergne proposera une ou deux interventions en libre accès dans le massif afin de maintenir informés les acteurs concernés par le manque de neige.

 

Il peut être difficile de se rappeler que la photo ci-dessous avec vue sur le puy de Sancy a été prise le 18 novembre dernier... :

 

Photo Météovergne.

 

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