Pourquoi averses et orages vont persister durablement ?

     Averses et orages persistent ces derniers jours et il faudra probablement composer avec eux pendant au moins plusieurs semaines. Pourquoi une telle insistance de ces phénomènes convectifs et jusqu'à quand ? Éléments de réponses dans cet article.

 

Averse orageuse en approche par le sud - vue depuis Laqueuille le 21/05/2018. - photo Météovergne.

 

     Pour que des averses et/ou orages se forment, de nombreux et complexes paramètres doivent être réunis et il est impératif d'avoir une troposphère (couche d'air entre 0 et 12 km environ) instable. Pour simplifier, c’est une situation qui permet à de l'air chaud de monter, de se condenser et de former des nuages. Ces nuages grossissent et de simples cumulus inoffensifs deviennent des cumulus congestus ("choux-fleur"), porteurs d'averses, puis évoluent en cumulonimbus, les nuages d'orages. Le sommet du nuage prend alors une forme d'enclume car il s'étale le long de la tropopause (limite avec la stratosphère) où on observe une isothermie (stabilité de la température avec l'altitude, proche de -56°C). Il est donc nécessaire d'avoir une température décroissante avec l'altitude pour que le nuage se développe.

 

     L'air chaud nécessaire dans les basses couches pour ces phénomènes est une notion relative : une masse d'air à +10/+12°C vers 1500 m, correspond à de l'air chaud au regard des -16°C observés vers 5600 m. Donc ne soyez pas surpris lorsque les prévisionnistes parlent d'air chaud et que les maximales sur les sommets du Sancy ont parfois du mal à atteindre +10°C ces derniers jours à cause des précipitations... Mais alors, pourquoi ces ingrédients d'instabilité sont présents et vont persister ?

 

     Pour illustrer la configuration météorologique globale en cours et à venir, voici ci-dessous la modélisation GFS pour mardi 5 juin. Regardons ce qu'il se passe en altitude : de l'air froid dépressionnaire (-22°C vers 5500 m) s'isole généralement entre la péninsule ibérique et le proche Atlantique. Ainsi, à l'étage moyen, c'est de l'air relativement froid qui est advecté (déplacement horizontal d'une masse d'air) en direction du pays. Cela dit, une température de l'ordre de -15°C à 5500 m correspond aux normales climatiques pour la saison à cette altitude.

 

Prévision GFS de la température et du géopotentiel 500 hpa pour mardi 5 juin vers 20h - www.meteociel.fr

 

     Passons dans les basses couches. La carte ci-dessous, pour simplifier, permet d'identifier les masses d'air en place pour le même jour. On retrouve la goutte froide au large du golfe de Gascogne avec en surface, un creusement dépressionnaire favorisant un flux de tendance sud, mais parfois également d'est à nord-est, favorisant encore un apport d'air chaud en raison de la remontée de celui-ci sur l'Europe Centrale.

 

     D'une manière générale, les températures seront au-dessus des normales mais avec des contrastes. Des journées bien orageuses pourront rendre le contexte franchement frais en altitude : les orages jouent le rôle de régulateurs, l'air chaud qui monte est restitué sous la forme d'un courant d'air froid descendant chargé de précipitations.

 

 Prévision GFS de la température potentielle équivalente à 850 hpa pour mardi 5 juin vers 20h - www.meteociel.fr

 

    On se retrouve donc avec un système qui d'un côté maintien de l'air froid en altitude et de l'autre "aspire" de l'air chaud dans les basses couches. Cette situation est favorable au développement d'averses et d'orages.

 

     La modélisation européenne envisage une persistance de ce contexte la semaine du 4 au 10 juin. Ci-dessous, à gauche, prévision de l’anomalie de température à 2 m du sol et à droite, prévision de l’anomalie du cumul de précipitations. On constate bien la fraicheur en direction de la péninsule ibérique et du Maroc et l'air chaud qui remonte sur l'Europe Centrale puis en direction du pays. D'un seul coup d’œil, on comprend que les précipitations excédentaires qui s’annoncent témoignent d'un contexte orageux avec ce conflit de masses d'air en place.

 

Source cartes : http://effis.jrc.ec.europa.eu

 

     On surveillera ensuite ce qu'il se passera autour de la mi-juin car les températures pourraient descendre sous les normales de saison avec un coup de frais/froid en montagne, toujours dans un contexte de précipitations excédentaires. Peut-être qu'une accalmie plus estivale se dessinera en deuxième quinzaine. Si l'on se projette pour cet été, il semble probable qu'un temps orageux persiste avec des températures proches des normales en juillet, risquant d'être fraîches en août (à confirmer).

 

     En météorologie, plus un phénomène est de petite taille (ex : averses et orages) plus il est difficile à prévoir. A l'inverse, des vagues de froid, de chaleur, des changements ou des maintiens de configuration météo globale peuvent être anticipés plusieurs semaines à l'avance. Pour ces prochains jours et semaines, la tendance est bien cernée. Toutefois, il faudra apporter des nuances quotidiennes dans les bulletins à 48h (chronologie de l'instabilité, intensité, localisation des phénomènes,...) qui ne pourront être affinées que 24/48h à l'avance. Ne comptez pas sur les prévisions automatisées heure par heure !

 

     A ce titre, vendredi et surtout samedi pourraient (à confirmer !) être des journées relativement calmes par rapport aux jours précédents avec un risque limité d'averses orageuses (présent surtout au-dessus des massifs). Dans ce cas, il faudra en profiter car avec la remontée des températures, l'instabilité se renforcera nettement dès dimanche, annonçant une semaine très instable...

 

     La situation est-elle exceptionnelle ? Au printemps, le risque orageux augmente rapidement au fil des semaines et ce risque augmente fortement au mois de mai parce que les basses couches commencent à bien chauffer avec un soleil de plus en plus haut et des remontées d'air d'origine subtropicale qui débutent. Les mois les plus orageux en France s'étendent en moyenne sur le territoire de mai à août (mois le plus orageux). Mai est ainsi le 4 ème mois de l'année qui connait le plus d'orages. Ce mois de mai 2018, pas encore terminé, est toutefois le plus foudroyé depuis 2000 à l'échelle du pays : voir cet article de Météo-France.

 

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